Avec Auto-théorie, publié aux Éditions SILAA, Ève Simonet livre une œuvre à la croisée de l’autobiographie, du manifeste queer et de l’essai politique. En douze nouvelles, elle explore ce que l’on tait encore trop souvent : l’inceste, l’emprise, la mémoire brisée, mais aussi le plaisir retrouvé, la réappropriation du corps et la puissance des liens choisis. Portée par une écriture à la fois brute et poétique, elle fait de l’acte d’écrire une manière de survivre et de se réinventer.
Des nouvelles comme autant d’étapes vers la réparation
Dans Les brumes, la première nouvelle, l’autrice revisite son enfance marquée par l’omerta familiale. La douleur s’y transforme peu à peu en colère politique, moteur de reconstruction et de résistance.
Lola évoque la rencontre d’une amante qui bouleverse toutes les certitudes. C’est un texte sur l’amour libre, le désir queer et la possibilité d’aimer autrement.
Plus loin, Une introduction au polyamour déconstruit le mythe de la monogamie. Ève Simonet y mêle réflexions théoriques et récits vécus, pour défendre une éthique du lien fondée sur la liberté et la responsabilité.
Dans Une histoire de clito, le corps reprend sa place. L’autrice y parle de plaisir, de découverte et de pouvoir, avec un humour tendre et une lucidité politique.
Ces récits s’entrelacent, dessinant le parcours d’une femme qui se reconstruit en se racontant. L’écriture devient un fil de vie, un moyen de traverser les ruines pour retrouver la lumière.

Ève Simonet et on.suzane : faire du récit un outil d’émancipation
Autodidacte, Ève Simonet s’est imposée comme une voix singulière du féminisme contemporain. Avec on.suzane, la première plateforme de streaming féministe qu’elle cofonde, elle produit et diffuse des documentaires engagés. Ses films, comme Post-partum, Big Bang Baby ou L comme Lesbienne, explorent les luttes invisibles : maternité, sexualité, domination, réparation.
Dans Auto-théorie, elle transpose ce travail de terrain dans l’écriture. Ses mots ont la même force que ses images : celle d’un regard qui refuse la complaisance. Elle revendique la puissance de raconter pour résister, et la légitimité de l’intime comme espace politique.
L’intime comme espace de révolution
Auto-théorie n’est pas qu’un livre sur la douleur. C’est un texte sur la reconquête du désir, sur la joie retrouvée malgré tout.
Ève Simonet y rappelle que dire, c’est déjà agir. Nommer la honte, c’est rompre le silence. Écrire, c’est réparer.
Dans ce recueil, chaque mot ouvre un espace de liberté. L’autrice relie son expérience à celles d’autres femmes, d’autres luttes, d’autres corps. Son écriture refuse les injonctions et réinvente de nouvelles formes de tendresse. Avec Auto-théorie, elle prouve que l’intime peut devenir une arme politique et poétique à la fois.