Certains romans interrogent moins ce qu’ils racontent que la manière dont nous percevons ce qui nous entoure. Le miroir des autres, dernier thriller psychologique de Pascal-Henri Poiget, s’inscrit pleinement dans cette démarche. Publié par AlterPublishing, cet ouvrage propose une expérience de lecture resserrée, où le doute, la mémoire et la perception deviennent les véritables moteurs du récit. À travers un huis clos psychologique situé à Orléans, l’auteur explore les zones troubles de la conscience humaine, sans jamais céder à l’effet spectaculaire.
Un récit construit autour de l’incertitude
Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une atmosphère instable. Marie Dunois, psychologue, reçoit un patient dont les rêves semblent décrire des faits réels avec une précision troublante. Progressivement, ce qui relevait de la pratique clinique bascule vers une interrogation plus profonde sur la frontière entre imagination et réalité. Ainsi, le roman ne cherche pas tant à résoudre une énigme qu’à installer un climat de questionnement permanent.
Ce choix narratif permet à Pascal-Henri Poiget de développer une tension subtile, fondée sur la perception plutôt que sur l’action. Par conséquent, le suspense naît de l’attente, des silences et des détails apparemment anodins.
Trois personnages, une mécanique psychologique précise
Contrairement à des récits plus choraux, Le miroir des autres repose sur un trio de personnages. Cette concentration renforce l’intensité dramatique et favorise une lecture introspective. Chaque personnage apporte un regard différent, sans jamais offrir de vérité définitive. De ce fait, le lecteur est invité à recomposer lui-même le sens du récit.
Cette architecture narrative, volontairement épurée, illustre la maîtrise de l’auteur, qui privilégie l’analyse psychologique à la multiplication des points de vue.

Orléans, un décor devenu symbole
Dans ce roman publié chez AlterPublishing, Orléans ne se limite pas à un simple cadre géographique. La ville, et plus particulièrement la Loire, accompagne le récit comme une présence diffuse. Les reflets de l’eau, la pluie constante et les quais deviennent autant de métaphores du trouble intérieur des personnages.
Ainsi, l’ancrage territorial donne une épaisseur supplémentaire au texte, tout en inscrivant l’ouvrage dans la collection Meurtres à Orléans, dont il renouvelle les codes.
Une œuvre cohérente dans le parcours de Pascal-Henri Poiget
Auteur au parcours académique et littéraire dense, Pascal-Henri Poiget poursuit ici une réflexion déjà présente dans ses précédents ouvrages : le rapport entre fiction, mémoire et perception. Sans chercher à livrer de réponses définitives, il construit un espace de lecture exigeant, où l’exactitude du style sert une exploration fine de la psyché humaine.
En définitive, Le miroir des autres s’adresse à des lecteurs sensibles aux récits psychologiques, attentifs aux nuances et aux zones d’ombre. Un roman qui, tout en restant accessible, invite à ralentir et à interroger ce que l’on croit voir.