À l’approche de l’hiver, certaines fictions résonnent plus intensément que d’autres. Lorsque la ville se couvre de lumières et que les nuits s’étirent, l’imaginaire devient un espace de réflexion privilégié. Les Fabuleuses Hallucinations de Théodore Simmons s’inscrit dans cette temporalité particulière, en proposant une plongée dans un Londres hivernal où la fête, le doute et la quête de sens s’entrelacent. À travers ce roman immersif, Thomas Jeanjean, sous le nom d’artiste Oli Ondor, développe une œuvre à la frontière du réel et de l’imaginaire, portée par son studio créatif Love Is The Cure.
Un Londres hivernal comme frontière entre deux réalités
Dès les premières pages, le décor s’impose comme un personnage à part entière. Londres, sous la neige et les lumières de fin d’année, devient un espace de transition. Théodore Simmons, jeune barman, observe la foule depuis l’arrière du comptoir. Il est au cœur de la fête, mais déjà en retrait.
Cependant, ce quotidien bascule lorsqu’un visage du passé refait surface. Ce qui semblait être une simple illusion ouvre progressivement une brèche vers un autre monde. Ainsi, la ville réelle glisse vers une cartographie plus intime, faite de tunnels, de ruelles oubliées et de territoires symboliques.

Le Monde d’en bas : métaphore de nos zones d’ombre
Au fil du récit, Théodore découvre le « Monde d’en bas », un univers parallèle peuplé de figures hybrides : artistes, rêveurs, créatures mythologiques. Ce monde n’est pas présenté comme une échappatoire idéale, mais plutôt comme un reflet amplifié de nos contradictions.
En effet, chaque fête devient une épreuve, chaque rencontre une confrontation. Le fantastique sert ici de langage pour explorer des thèmes profondément humains : la peur de l’abandon, la transformation, le rapport au deuil et à l’identité. De ce point de vue, le roman s’inscrit davantage dans une démarche introspective que dans une simple aventure spectaculaire.
Une écriture visuelle héritée du cinéma
Avant d’être écrivain, Thomas Jeanjean est vidéaste, et cette sensibilité traverse l’ensemble du texte. Les scènes sont construites comme des séquences cinématographiques, avec un soin particulier porté aux ambiances, aux lumières et aux rythmes.
Grâce à plus de 80 illustrations visuelles intégrées au récit, la lecture devient presque sensorielle. On ne se contente pas d’imaginer : on traverse. Cette approche hybride, développée par Love Is The Cure, brouille volontairement les frontières entre littérature, image et émotion.
L’amour et la renaissance comme fil conducteur
Au-delà du fantastique, le cœur du roman repose sur une histoire d’amour marquée par l’absence. Lana Blackwood n’est pas seulement un souvenir ; elle incarne une tension permanente entre ce qui a été et ce qui pourrait renaître.
Ainsi, la quête de Théodore devient universelle. Elle interroge notre capacité à affronter nos illusions, à accepter la transformation et à trouver, au cœur du chaos, une forme de lumière. Sans jamais moraliser, le récit invite à ralentir et à regarder autrement.
Une œuvre à la croisée des disciplines
Avec Les Fabuleuses Hallucinations de Théodore Simmons, Thomas Jeanjean poursuit une démarche artistique globale. À travers Love Is The Cure, il développe une mythologie contemporaine où le récit ne se limite pas au livre, mais dialogue avec la vidéo, la musique et l’image.
Finalement, ce roman s’adresse à celles et ceux qui cherchent, dans la fiction, non pas une fuite, mais un espace de réflexion sensible. Une œuvre à découvrir lorsque l’hiver invite à explorer, doucement, ses propres mondes intérieurs.