Face aux crises économiques, sociales et géopolitiques, les réponses des États semblent souvent prévisibles. Centralisation accrue, contrôle renforcé ou relance de la croissance reviennent régulièrement. Pourtant, ces stratégies ont déjà montré leurs limites. Le projet Réparer les États-Nations, développé par Histoire(s) d’une réparation, propose une autre manière d’analyser ces répétitions persistantes.
Pourquoi les États répètent-ils des stratégies inefficaces ?
Les décisions publiques s’analysent généralement à partir du contexte immédiat. Les gouvernements prennent en compte les rapports de force, les contraintes budgétaires ou les équilibres politiques. Cette lecture reste nécessaire, mais elle demeure incomplète.
Les États-Nations portent une histoire longue. Révolutions, conquêtes et crises fondatrices structurent durablement leur fonctionnement. Ces événements façonnent des réflexes collectifs qui traversent les générations. Lorsque ces héritages ne sont pas interrogés, ils continuent d’influencer les décisions actuelles. Ainsi, certains choix se répètent, même lorsqu’ils aggravent les problèmes existants.
La psychogénéalogie des États : un changement de perspective
Pour éclairer ces mécanismes, le projet Réparer les États-Nations introduit une discipline nouvelle : la psychogénéalogie des États. Cette approche s’inspire de la psychogénéalogie appliquée aux trajectoires familiales. Elle repose sur un principe simple : ce qui n’est pas conscientisé tend à se répéter.
À l’échelle des États, cette méthode considère que la mémoire collective influence les choix politiques. Certains événements historiques agissent comme des traumatismes non résolus. Ils orientent alors les décisions institutionnelles de manière souvent invisible. Cette lecture ne remplace pas les analyses classiques. Elle les complète en apportant un éclairage sur le temps long.
Un cadre théorique pluridisciplinaire
La psychogénéalogie des États s’appuie sur des travaux reconnus en histoire, sociologie, économie et psychologie historique. Les recherches sur la formation des États modernes permettent de comprendre leurs logiques internes. Les apports anglo-saxons éclairent les trajectoires institutionnelles et juridiques.
Par ailleurs, l’ouverture à des traditions non occidentales enrichit l’analyse. Elle évite une vision uniforme de l’État-Nation. Cette diversité théorique renforce la solidité de la démarche.
De l’analyse à la réparation : le cas français
Le projet entre aujourd’hui dans une nouvelle phase. Après le diagnostic, il aborde la notion de réparation. Celle-ci désigne un processus progressif, et non une solution immédiate. Réparer consiste à rendre visibles les héritages historiques qui orientent encore les choix publics.
La France sert de point de départ. Son histoire étatique longue, marquée par la centralisation et de fortes ruptures politiques, en fait un cas pédagogique. Cette analyse vise à rendre la méthode compréhensible et transposable à d’autres États.
Nathalie Chaillou, à l’origine du projet

Le projet Histoire(s) d’une réparation est porté par Nathalie Chaillou, diplômée de Sciences Po et de Sup de Co Bordeaux. Son parcours international nourrit une réflexion globale sur les systèmes politiques contemporains.
Après plus de dix ans de recherches interdisciplinaires, elle développe une méthodologie originale. Son objectif reste constant : fournir des outils de compréhension pour repenser les trajectoires nationales, sans promouvoir un modèle unique.