Le cinéma indépendant français évolue souvent loin des grands circuits de diffusion. Pourtant, certains projets réussissent à mobiliser un public fidèle grâce à leur ancrage territorial. Victoire et le Secret des Terres de Meuse, premier long métrage de Baptiste Kasprowicz, illustre cette dynamique. Produit par Placieux Production, le film a vu le jour en Meuse avec des moyens limités, avant d’élargir progressivement son aire de diffusion.
Un projet local qui fédère bien au-delà de sa zone d’origine
L’équipe a tourné le film en 21 jours avec un budget de 60 000 euros. Elle n’a sollicité ni vedettes médiatiques ni campagne nationale massive. Malgré ces choix, les spectateurs ont répondu présents dès les premières projections.
En neuf semaines, près de 4 000 entrées ont été comptabilisées dans deux salles meusiennes. Ce résultat a encouragé d’autres cinémas du département à programmer le long métrage. Des exploitants au Luxembourg et en Belgique ont ensuite manifesté leur intérêt. Le bouche-à-oreille joue un rôle déterminant dans cette progression.
Placieux Production a construit le film dans une logique collective. En décembre 2022, l’association a remporté le budget participatif « Ma Fameuse Idée ». Le département de la Meuse lui a attribué une subvention de 28 400 euros. Douze acteurs, soixante-six techniciens et trois cents figurants ont participé au tournage. Une part importante de l’équipe vient du Grand Est, ce qui renforce l’ancrage régional du projet.
Une quête initiatique entre héritage familial et mémoire médiévale
L’intrigue suit Victoire, jeune adulte parisienne en conflit avec son père. Elle revient en Meuse pour les vacances, sans enthousiasme particulier. Rapidement, son séjour prend une tournure inattendue. Pour sauver la maison de sa grand-mère, elle engage une recherche liée à une légende associée au roi Lothaire.
Le récit adopte les codes de la chasse au trésor. Les indices se succèdent et structurent l’avancée de l’histoire. Baptiste Kasprowicz convoque des références populaires comme Les Goonies, Indiana Jones ou Benjamin Gates. Ce cadre narratif facilite l’identification du public.

Au-delà de l’aventure, le film explore la filiation et la transmission. La quête pousse l’héroïne à interroger son rapport à son passé et à son territoire. Le patrimoine devient un vecteur de transformation personnelle. L’histoire relie ainsi mémoire collective et trajectoire intime.
La Meuse, un espace narratif à part entière
La Meuse occupe une place centrale dans la construction du film. Huit communes et vingt lieux de tournage apparaissent à l’écran. Les paysages, les monuments et les architectures participent activement à l’intrigue. Ils servent d’indices et orientent les choix des personnages.
L’équipe a conçu le long métrage comme un outil de valorisation culturelle. Elle évite cependant toute approche démonstrative. Le territoire reste un espace vivant, porteur d’histoires et d’expériences. Cette cohérence renforce l’authenticité du récit.
Les spectateurs témoignent d’un attachement particulier au projet. Certains parcourent plus d’une heure pour assister à une projection. D’autres reviennent avec leurs proches. Cette mobilisation accompagne l’élargissement progressif de la diffusion.
Une trajectoire progressive vers une ouverture nationale
Après les premières semaines en Meuse, le film poursuit son développement. Une avant-première se tiendra au Luxembourg, puis des projections auront lieu en Belgique. L’équipe envisage ensuite une extension en Lorraine et dans le Grand Est.
Baptiste Kasprowicz et Placieux Production privilégient une croissance par étapes. Ils consolident leur base locale avant d’envisager une diffusion nationale. Cette stratégie souligne la capacité d’une œuvre indépendante à trouver son public sans dépendre exclusivement des circuits traditionnels.
Avec Victoire et le Secret des Terres de Meuse, l’équipe propose une aventure accessible, ancrée dans un territoire réel et portée par une implication collective forte. Le parcours du film montre qu’un projet né en région peut susciter un intérêt durable et franchir progressivement les frontières.