En France, l’accompagnement des troubles psychiques ne s’arrête pas aux soins. Une autre question se pose une fois sorti du cadre médical : comment retrouver des relations sociales, des activités et une place au sein d’un collectif ? À Bourgoin-Jallieu, L’ABEILLE VIE explore cette dimension depuis dix ans à travers un Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM), un espace fondé sur la pair-aidance, la participation et l’autonomie.
L’ABEILLE VIE, un lieu de vie plutôt qu’une structure de soins
Créé officiellement le 2 octobre 2015, le GEM L’ABEILLE VIE accueille des personnes fragilisées psychiquement dans un environnement qui se distingue du parcours médical traditionnel.
Le principe repose avant tout sur la création de lien social. Les adhérents peuvent se retrouver, discuter, participer à différentes activités ou simplement passer du temps ensemble. L’objectif ne consiste donc pas à proposer des soins, mais à offrir un espace permettant de rompre progressivement avec l’isolement.
Par ailleurs, les membres participent directement à la vie du lieu. Ils choisissent les activités, peuvent animer des ateliers et transmettent leurs connaissances aux autres adhérents. Cette organisation donne une place importante à la pair-aidance : une expérience personnelle peut devenir une ressource utile au collectif.
L’aide peut alors prendre différentes formes, de l’accompagnement dans certaines démarches administratives à l’utilisation d’un téléphone, en passant par la transmission d’un savoir-faire.
La pair-aidance pour favoriser l’autonomie et le lien social
Au sein de L’ABEILLE VIE, les personnes accueillies ne sont pas uniquement considérées comme les bénéficiaires d’un dispositif. Elles deviennent des acteurs du fonctionnement du groupe, avec la possibilité de prendre des décisions et de contribuer aux projets.
Plusieurs principes structurent cette dynamique :
- participer selon ses possibilités, sans recherche de performance ;
- partager son expérience afin qu’elle puisse aider d’autres personnes ;
- proposer et organiser des activités collectivement ;
- prendre part aux décisions liées à la vie de l’association ;
- évoluer dans un environnement où les parcours professionnels ou sociaux ne déterminent pas la place accordée à chacun.
Cette logique permet de déplacer le regard habituellement porté sur les personnes confrontées à des troubles psychiques. Les compétences, les expériences et les envies occupent davantage de place que les difficultés rencontrées.

Des projets collectifs qui prennent forme au fil des années
L’autonomie défendue par le GEM se traduit également par des réalisations concrètes. Depuis sa création, les adhérents ont notamment participé à la refonte d’un atelier bois, à la création d’un jardin ou encore à la construction d’une serre avec des matériaux de récupération.
Un atelier couture, des aménagements de salles d’activités et des séjours de vacances font aussi partie des initiatives développées. Ces projets sont pensés et organisés collectivement, donnant ainsi aux membres l’occasion de mobiliser leurs compétences dans un cadre différent de celui du travail traditionnel.
L’association entretient également des liens avec son territoire. Elle participe notamment aux projets territoriaux et conseils locaux de santé mentale ainsi qu’aux semaines d’information consacrées au sujet.
Cette présence contribue à rapprocher le GEM d’autres acteurs locaux et, parallèlement, à mieux faire connaître le rôle que peuvent jouer ces espaces dans les parcours de rétablissement.
Un fonctionnement largement porté par les adhérents
Depuis 2022, L’ABEILLE VIE fonctionne sans salarié permanent et fait appel à des prestataires externes pour certains besoins. Trois administrateurs assurent notamment une présence quotidienne, tandis que les autres membres participent selon leurs possibilités.
Accueil, organisation, entretien ou encore différentes tâches de gestion sont ainsi répartis au sein du groupe. Cette organisation donne une place particulièrement importante à la responsabilité collective et à l’autonomie.
Le modèle reste atypique, mais il reflète directement la philosophie du lieu : permettre à chacun de contribuer sans imposer un fonctionnement fondé sur la performance ou une hiérarchie rigide.
Le parcours d’Arielle Saniel éclaire le rôle des GEM
Présidente de L’ABEILLE VIE depuis dix ans, Arielle Saniel illustre également la place que peut prendre un GEM dans un parcours individuel.
Après plusieurs années passées en établissement psychiatrique et différentes tentatives d’insertion professionnelle, elle rejoint le GEM puis en devient présidente trois mois plus tard. Son parcours universitaire l’avait auparavant menée jusqu’à l’obtention d’un BAC +2 en informatique après cinq années d’études.
Son expérience souligne l’intérêt d’espaces situés entre le soin psychiatrique et l’insertion professionnelle. Tout le monde ne peut pas avancer au même rythme ni selon les mêmes étapes. Un lieu intermédiaire peut alors offrir un environnement permettant de retrouver progressivement des habitudes, des responsabilités et des relations sociales.
Dix ans après, une autre manière de parler de santé mentale
Après une décennie d’activité, L’ABEILLE VIE cherche aussi à contribuer à une meilleure compréhension de la santé mentale. Des portes ouvertes sont notamment prévues lors des semaines d’information sur la santé mentale, tandis que l’association souhaite organiser régulièrement des marchés de Noël présentant les créations de ses adhérents.
Derrière ces initiatives apparaît un enjeu plus large : ne pas réduire une personne à son diagnostic. Créer, organiser un événement, transmettre une compétence ou participer à un projet collectif constituent autant de manières de retrouver une place active dans la société.
À travers la pair-aidance, l’autonomie et la participation, L’ABEILLE VIE rappelle ainsi que la question de la santé mentale concerne également le quotidien et les relations sociales. Une approche qui invite à regarder les parcours individuels autrement, en accordant davantage de place aux capacités et aux expériences de chacun.