Trois ans après une première enquête nationale, Charlotte K et l’IFOP publient le Baromètre des carrières infirmières 2026. Les résultats montrent une progression des envies d’évolution chez les infirmières et infirmiers interrogés. Ainsi, 87 % envisagent une évolution ailleurs que dans leur situation actuelle, contre 79 % en 2023. Dans le même temps, plusieurs indicateurs témoignent de difficultés persistantes concernant la fatigue, la satisfaction professionnelle et l’accompagnement des parcours.
Un Baromètre 2026 réalisé auprès de 1 662 infirmiers
Cette deuxième édition permet de comparer certains résultats avec ceux obtenus trois ans auparavant.
L’IFOP a mené l’étude pour Charlotte K auprès de 1 662 infirmières et infirmiers, entre le 8 juin et le 6 juillet 2026. La représentativité a fait l’objet d’un redressement à partir des statistiques de la DREES. Le sexe, l’âge, la région et le mode d’exercice ont notamment été pris en compte.
La première édition, réalisée en 2023, avait réuni 4 183 IDE.
Le nouveau baromètre élargit également les sujets étudiés. Il aborde notamment la réforme 2025 du métier infirmier, les rémunérations et la situation des professionnels exerçant en libéral.
Seulement 31 % des IDE interrogés se disent satisfaits
Premier enseignement : la satisfaction professionnelle recule parmi les répondants.
En 2026, 31 % des IDE interrogés se déclarent satisfaits de leur situation professionnelle. Ils étaient 36 % en 2023. Le baromètre indique également que 75 % décrivent leur état d’esprit comme davantage négatif que positif.
La fatigue apparaît particulièrement répandue puisque 94 % des répondants déclarent être fatigués. Par ailleurs, 61 % indiquent qu’ils ne choisiraient pas à nouveau le métier d’infirmier.
La surcharge de travail arrive en tête des difficultés citées, avec 58 %. Elle est suivie par une santé psychologique fragilisée, mentionnée par 49 % des répondants. La déshumanisation du soin est citée par 40 %.
Le baromètre interroge également les professionnels sur le burn-out. 63 % déclarent en avoir déjà vécu un. Toutefois, cette donnée repose sur leur déclaration personnelle. Parmi l’ensemble des répondants, 31 % indiquent qu’un burn-out a effectivement été diagnostiqué par un professionnel de santé.
Cette distinction évite donc d’assimiler le ressenti déclaré à un taux de diagnostic médical dans l’ensemble de la profession.
Rémunération et responsabilités restent au centre des préoccupations
Le rapport au salaire constitue un autre sujet majeur.
88 % des infirmières et infirmiers interrogés considèrent leur rémunération inadaptée à leurs responsabilités.
Pour augmenter leurs revenus sans quitter la profession, 73 % déclarent avoir entrepris au moins une action durant les trois dernières années. Les heures supplémentaires constituent la solution la plus fréquente, devant le cumul d’activités et l’intérim.
Parmi les IDE salariés, 70 % déclarent travailler au-delà de la durée prévue par leur contrat.
La réforme 2025 du métier infirmier suscite également des interrogations. Parmi les personnes qui en ont entendu parler, 49 % se disent préoccupées par une possible augmentation des responsabilités sans garantie de revalorisation. Seulement 1 % estiment que la réforme améliorera concrètement leur exercice quotidien.
87 % envisagent une évolution professionnelle
L’évolution la plus marquée entre les deux éditions concerne les projets professionnels.
En 2023, 79 % des IDE envisageaient une évolution ailleurs que dans leur situation du moment. Ce chiffre atteint désormais 87 %.
L’hypothèse d’un changement de métier progresse elle aussi. Elle concerne 63 % des personnes interrogées en 2026, contre 57 % trois ans auparavant. Parmi elles, 25 % envisagent une orientation entièrement extérieure au secteur de la santé.
Cependant, évoluer professionnellement ne signifie pas nécessairement abandonner le métier d’infirmier.
Un projet peut consister à changer d’établissement, de poste ou de spécialité. Il peut aussi passer par un nouveau statut ou une organisation différente du temps de travail. La reconversion constitue donc seulement l’une des possibilités envisagées.
Des projets d’évolution freinés par le manque d’accompagnement
L’envie de changement se heurte toutefois à plusieurs obstacles.
Parmi les IDE envisageant une évolution, 35 % citent l’impossibilité d’arrêter de travailler ou de suivre une formation parallèlement à leur emploi. Le financement d’une formation représente un frein pour 34 %. L’impact d’un changement sur la vie personnelle est mentionné par 31 %.
Autre indicateur significatif : 46 % souhaiteraient réaliser un bilan de compétences mais ne l’ont pas encore fait.
La situation des salariés souligne également l’écart entre les intentions et l’accompagnement disponible. Ils représentent 84 % de l’échantillon. Parmi eux, 69 % indiquent avoir pensé à démissionner au cours des douze derniers mois.
Dans le même temps, 87 % déclarent que leur établissement ne leur a jamais proposé d’accompagnement à l’évolution professionnelle.
Ces résultats mettent ainsi en évidence un enjeu qui dépasse la seule question du départ : celui de l’accompagnement des différentes trajectoires possibles au sein de la profession.
Les infirmiers libéraux s’interrogent aussi sur leur avenir
Le Baromètre 2026 consacre également une partie de son analyse aux IDE libéraux, qui représentent 16 % de l’échantillon.
Parmi eux, 76 % déclarent avoir déjà envisagé de cesser leur activité.
Pour ceux qui ont envisagé cette possibilité, l’épuisement et le rythme de travail figurent parmi les motifs cités, à hauteur de 52 %.
L’accompagnement au moment de l’installation constitue un autre sujet. 74 % des libéraux interrogés déclarent n’avoir bénéficié ni d’un accompagnement ni d’une formation lors de leur installation. Pourtant, 56 % indiquent qu’ils auraient souhaité en recevoir.
Ces résultats élargissent donc la question de l’évolution professionnelle. Elle concerne aussi l’entrée dans un nouveau mode d’exercice et l’accompagnement proposé tout au long de la carrière.
Charlotte Kerbrat veut rendre les parcours infirmiers plus lisibles
À l’origine de Charlotte K, Charlotte Kerbrat connaît elle-même le métier infirmier. Diplômée en 2014, elle a travaillé à l’hôpital et en EHPAD.
Elle crée Charlotte K en 2019 après avoir constaté les difficultés rencontrées pour identifier les possibilités d’évolution accessibles après le diplôme d’État.
L’organisme de formation, certifié Qualiopi et membre des Acteurs de la compétence, rassemble aujourd’hui 30 anciennes infirmières devenues consultantes en bilan de compétences, psychologues, professionnelles titulaires d’un master en psychologie du travail ou certifiées RNCP.
Charlotte K indique avoir accompagné plus de 4 500 IDE depuis 2020.
Son approche ne consiste pas uniquement à orienter les professionnels vers une reconversion. Elle vise également à explorer d’autres possibilités : exercer autrement comme IDE, changer d’environnement ou évoluer au sein du secteur des soins.

Un baromètre pour suivre les carrières infirmières dans la durée
En renouvelant son enquête trois ans après la première édition, Charlotte K souhaite inscrire l’analyse des carrières infirmières dans le temps.
L’organisation fédère également en 2026 une communauté de 50 000 infirmières et infirmiers. Elle développe un blog de plus de 280 articles, le podcast Vies d’infirmières et une chaîne YouTube qui dépasse 1,2 million de vues.
Charlotte Kerbrat est également l’autrice de Infirmière : je fais quoi après ?, publié chez Vuibert en 2024.
Les résultats du Baromètre 2026 mettent surtout en lumière une évolution notable : les envies de mobilité professionnelle progressent, tandis qu’une grande partie des répondants déclare ne pas bénéficier d’un accompagnement adapté.
Entre maintien dans le métier, changement de cadre d’exercice et reconversion, la gestion des parcours devient ainsi un sujet central pour comprendre les aspirations professionnelles exprimées par les IDE interrogés en 2026.